samedi 17 octobre 2015

Le grand et le petit


Une belle chronique de Virginie Neufville 



RUE DES ALBUMS (108) Le grand et le petit, Catherine Leblanc et Jean-François Martin

Ed. Seuil Jeunesse, septembre 2015, 40 pages, 13.9 euros.

A deux. 


Tout commence avec une histoire de construction de bateau. Le grand, avec son béret de marin sur la tête, est  sur le pied de guerre. Tout en s'organisant, il prodigue des conseils au petit, qui, bien sur, veut lui aussi construire son navire. "Tous deux commencent à travailler pleins d'enthousiasme", mais, très vite, la grande entente s'effiloche. Course  au meilleur, jalousie du petit sur le grand et réciproquement, agacement, font que les deux réalisations se font sous pression! Enfin, plutôt, les deux bambins se mettent une pression inutile et se comparent. Résultat, le bât blesse, et le petit, trop en colère, veut en venir aux mains, mais le grand préfère se sauver de l'atelier:
"Furieux, le petit se précipite vers le grand pour le frapper. Celui-ci le repousse. La colère du petit l'impressionne, mais il a peur aussi de sa propre force: s'il se mettait en colère à son tour, il écrabouillerait le petit. Il préfère le planter là et s'en aller faire un tour dans la lande."


Fuir, pour ne plus entendre les sarcasmes du petit; fuir pour éviter les poings; fuir pour éviter que sa propre colère prenne le dessus. Seulement, pas facile de retrouver ses repères dans la lande alors que la nuit tombe. De son côté, le petit a décidé de suivre le grand, mais durant sa course, sa colère tombe aussi vite qu'un soufflé!
Le grand s'arrête lui aussi de courir; il marche désormais et écoute son cœur. Et il se rappelle des bons moments passés... Or, dans la lande, la nuit, ne risquent-ils pas de se perdre en voulant se retrouver.


 Jean-François Martin a privilégié des scènes avec des personnages vus de profil, et forcément de tailles différentes. A cela, s'ajoute un jeu d'ombres et de lumières, comme si les protagonistes participaient à un théâtre d'ombres. Autant les scènes d'atelier sont statiques, autant les fuites dans la lande bénéficient d'une véritable impression de mouvement!


Le grand et le petit sont différents par la taille et l'âge, mais vraiment semblables dans leurs émotions. Chacun de leur côté, ils éprouvent un sentiment d'exaspération, et choisissent la fuite plutôt que de se laisser déborder physiquement par leurs sentiments du moment. De l'apaisement, naîtra le manque et le retour des bons souvenirs passés ensemble.

Catherine Leblanc et Jean-François Martin proposent un bien bel album très au fait des sentiments des plus jeunes et de leurs réactions, avec des illustrations originales et soignées. La trame est innovante, mais laisse au jeune lecteur la possibilité de s'identifier à un des personnages. Car tous les frères et sœurs du monde s'y reconnaîtront!

A découvrir à partir de 5 ans.

2 commentaires:

LN a dit…

Bonjour,
Y aura t-il, par la suite, un album consacré à celui qui se trouve au milieu de la fratrie? Je pose cette question sérieusement. En tous cas cet album est très beau.

catherine leblanc a dit…

Non, je ne pense pas.Je ne sais pas à l'avance ce que je vais écrire, ni ce que les éditeurs seront prêts à publier dans ce que j'écris.
Je voulais ici faire apparaitre les deux points de vue, qu'on soit grand ou petit, chacun à ses craintes et croit que l'autre est avantagé.
J'espère que le lecteur peut aussi imaginer le sentiment de l'enfant du milieu .
Merci de votre lecture.